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Exemple merveilleux dune
vrai Ecoute des enfants dans une classe
Article de Francine Dalcourt de Linstitut de Focusing du Quebec
Le focusing nest pas un remède miracle à tous les problèmes rencontrés dans une classe. Il permet simplement daccompagner dune façon aidante lenfant que ce soit dans un trouble de comportement ou dans un problème dapprentissage. Il se situe au niveau du ressenti corporel de celui-ci et lui apporte laide quil a réellement besoin. Je peux utiliser cette approche à travers mon enseignement ou lorsque le besoin sen fait sentir. Les élèves se sentent accueillis, respectés et reconnus dans ce quils sont, comme personne. Les interventions ne durent que quelques minutes. Trois situations vécues Afin de rendre plus concret mon propos, je veux vous faire part de trois expériences vécues en contexte de classe. Pour préserver leur identité, jai changé les noms des élèves impliqués. Je dois vous dire dabord que je pratique avec mes élèves, dès le début de lannée, lattention au ressenti corporel à partir de simples petits exercices. Par la suite, lorsque jécoute un élève avec lapproche du focusing, je porte attention à ce ressenti corporel. Celui-ci se manifeste habituellement au début au niveau de lestomac ou de la poitrine comme vous le verrez dans la première situation. Il marrive aussi de porter attention à certains gestes quun enfant fait et qui, pour moi, semblent avoir un message à livrer, ce qui est le cas dans la deuxième situation. En tant quécoutante du ressenti corporel, je mefforce daccompagner ce qui se passe sans nommer les choses ou les émotions avant que la personne que jécoute ne le fasse elle-même. Malheureusement dans une classe, je nai souvent quun petit cinq minutes de disponibilité pour écouter un élève et je dois y aller parfois de mon intuition et risquer de nommer une émotion; cest ce qui arrive dans la troisième situation. Ce qui me vient bien souvent en aide pour être certaine que jai bien saisi le message de lenfant, cest la possibilité de le faire dessiner sur ce qui se passe à lintérieur de lui pour quil puisse dégager son espace intérieur. Ensuite je lui accorde quelques minutes pour quil vienne me raconter son dessin sil le désire. Cela me permet de compléter lécoute dune façon plus satisfaisante. Première situation : Vers la troisième semaine de septembre, après une situation de lecture sur lentrée scolaire, je demande aux enfants: - Aimez-vous être en première année? Avez-vous des inquiétudes ou quelque chose qui vous empêche dêtre bien dans la classe? Marie, une petite fille silencieuse, qui sourit peu depuis le début de lannée, lève la main et me dit spontanément: - Ça me donne mal au ventre. Alors, je vérifie si elle a mal au ventre dans le moment présent. Elle me répond: - Oui. Je lui demande: - À quoi ressemble ton mal de ventre? Je spécifie en ajoutant: - Si tu avais à me le dessiner, il ressemblerait à quoi? Elle me répond: - Ça fait comme une barre dans mon ventre. Alors, je répète ce que jai compris: - Ça fait comme une barre dans ton ventre. Elle acquiesce dun signe de tête. Je poursuis en lui demandant: - Si cette barre pouvait parler quest-ce quelle voudrait dire? Elle me fait signe dun haussement dépaule, quelle ne le sait pas. Je lui demande; - Peux-tu rester en contact avec cette sensation dans ton ventre? Peut-être que cette barre à quelque chose à dire et si cest le cas, lève la main je te reviendrai. Je vais vers dautres élèves et jécoute dautres enfants. Marie lève la main à nouveau. Je reviens vers elle. Elle me dit: - La barre a changé de place. Elle me montre avec sa main que le ressenti dans son corps sest déplacé vers sa poitrine. Alors avec ma main, je refais le geste quelle vient de me montrer et je place celle-ci au niveau de ma poitrine en lui disant: - Maintenant tu sens quelque chose là? Elle me fait signe que oui. Tout de suite après, je vois sa surprise lorsquelle ajoute: - Ça vient de monter dans ma gorge. Je lui répète: - Ce quelque chose est rendu dans ta gorge. Au même moment, je sens les larmes lui monter
aux yeux. Alors, je linvite à les laisser sortir. Je
lui permets de pleurer en lui soulignant quelle en a le droit.
Je vais près delle pour la sécuriser, ensuite
je lui demande ce que ses larmes aimeraient dire. Elle me répond:
Alors, je lui répète ce que jai entendu: - Tu tennuies de maman. Elle me fait signe que oui. Je lui répète avec respect une dernière fois ce qui vient dêtre dit en ajoutant ce qui a été le déclencheur dans notre situation de lecture: - Tu trouves ça difficile dêtre en première année parce que tu tennuies de ta maman. Et jajoute: - Tu as le droit de trouver ça difficile et de tennuyer de maman. Quelques instants plus tard, après les dernières larmes, tout rentre dans lordre et nous poursuivons notre discussion. Jai donné la chance à Marie dêtre entendue, accueillie et respectée dans ce quelle ressentait en profondeur et je lui ai donné la permission de vivre ce ressenti. À partir de cette expérience, les jours suivants son visage sest illuminé, elle a commencé à sourire et à simpliquer davantage avec les amis dans la classe. Elle na plus jamais mentionné quelle sennuyait de sa maman le reste de lannée. Deuxième situation : Je revenais dune fin de semaine intensive en focusing. Je me sentais riche dexpériences nouvelles pour moi. Le lundi après-midi, pendant une période de mathématiques, je remarque David qui sarrache la peau et les ongles de ses doigts. Ce petit garçon avait un léger syndrome dAsperger. La maman mavait demandé de lobserver parce quil était sous médication et que la dose avait été changée. Javais remarqué depuis quelque temps quil avait tendance à sautomutiler. David jouait nerveusement avec ses mains depuis le début de lannée, mais ça devenait plus intense. Donc cet après-midi-là, je lui pose la question suivante: - David, jai comme limpression que tes mains veulent dire quelque chose? Il me répond rapidement comme sil était pris en flagrant délit: - Non. Alors je fais avec mes mains les mêmes gestes que font les siennes et lui redis: - Jobserve tes mains et regarde ce que je vois, jai limpression quelles ont vraiment quelque chose à dire. Si tu le veux, prends le temps de les écouter et si tu entends des mots, ou vois des images qui viennent, fais-le-moi savoir. Et je poursuis ma leçon en questionnant les
enfants sur ce quils savent et comprennent de la notion enseignée.
- Je sais ce que mes mains disent. Elles trouvent que ça ne va pas assez vite quand je parle. Alors je lui reflète ce quil vient de me dire: - Tes mains trouvent que ça ne va pas assez vite quand tu parles. Il réfléchit et ajoute: - Cest comme si les mots ne sortent pas assez vite quand je veux dire quelque chose. Alors je lui reformule ce que je venais dentendre: - Tes mains deviennent nerveuses quand tu as quelque chose à dire ou à expliquer, parce que tu ny arrives pas assez vite. Je lui demande: De quoi auraient-elles besoin pour se calmer? Il lignorait alors je me permis de lui proposer quelque chose en attendant davoir une autre réponse. Javais de la crème pour les mains et je lui offris de relaxer celles-ci en lui faisant un petit massage, et ce, pendant que les autres élèves travaillaient à résoudre un problème. Cette attention sembla le calmer un peu. Le soir même je communique avec la maman de David pour lui faire part de ma conversation avec son fils. Dans les semaines qui suivirent, la médication fut ajustée et lautomutilation cessa. Les petites mains restèrent quand même actives. Ce petit garçon était très doué, mais il avait de la difficulté à sexprimer dune façon fluide. Alors, ses mains manifestaient de limpatience et devenaient nerveuses. À la suite de cette écoute à chaque fois par la suite que David voulait sexprimer je linvitais à prendre son temps. Parfois, les journées où je le sentais plus fébrile, je déposais tout doucement mes mains sur les siennes lorsquil prenait la parole et cela semblait le calmer un peu. Troisième situation Voici la dernière situation cette fois-ci accompagnée dun dessin: Il arrivait souvent à Michaël darriver
à lécole le matin avec sa maman et de décider
de rester dans lauto. La maman devait utiliser beaucoup dénergie
pour arriver à faire entrer celui-ci dans lécole.
Même que parfois, elle demandait laide dun enseignant
afin de pouvoir quitter pour aller à son travail. Or un matin que je préparais ma journée de classe, jentendis la maman de Michaël discuter avec lui dans le vestiaire. Elle essayait de le convaincre de rester à lécole et de la laisser aller travailler. Il boudait dans son coin et navait pas lintention de lâcher prise. Je savais que les parents sétaient séparés depuis peu. Je savais aussi que bientôt il y aurait un déménagement qui entraînerait un changement décole. Je décide de sortir de ma classe pour voir ce qui se passe. En me voyant, la maman me raconte comment la fin de semaine avait été très difficile. Michaël lavait aidé à faire des boîtes en rangeant ses jouets, mais au moment où ils avaient dû partir pour aller à lautre appartement, il avait refusé de la suivre et était entré dans une grosse colère. Ce qui avait causé des problèmes à la mère pour se libérer et voir à ses occupations. Comme ma relation était bonne avec Michaël et quil répondait bien à lécoute que je lui faisais habituellement, je lui dis en mapprochant de lui : - Ça ne va pas très bien à lintérieur de toi ce matin? Il me fait signe que non. - Il y a quelque chose qui ne va pas bien ce matin dans cet espace là? Avec ma main, je lui montre la partie de sa poitrine et de son estomac. Il me fait signe que oui. Je poursuis en lui demandant : - Ça ressemble à quoi? Il attend un peu et il me répond: -Je ne sais pas cest quoi. Je risque intuitivement quelque chose: Est-ce que ça se pourrait quil y ait une peur en dedans de toi avec le déménagement qui sen vient? Il se met à pleurer et me fait signe que oui de la tête. Comme la cloche sonne pour lentrée des élèves je lui propose de me dessiner ce qui se passe à lintérieur de lui parce que peut-être que quelque chose veut parler et lui promets découter son dessin lorsquil sera terminé. Il accepte et pendant que les élèves entrent, il se concentre sur sa feuille et ses crayons. Voici le dessin quil me fît:
Michaël mexplique: Cest comme sil y avait beaucoup deau dans mon corps. Cest comme sil y avait plein de larmes qui veulent monter dans mon estomac (oesophage) pour sortir (petite boule) par mes yeux. Ça me fait beaucoup fatiguer et quand je suis fatigué, jai comme des impressions que je vais toujours aller rester avec papa et que je ne verrai plus maman. Jai vite compris quil avait un grand besoin dêtre rassuré pour laisser aller sa maman. Il avait enfin trouvé ce qui se passait réellement au fond de lui. Je vérifiai avec lui sil pensait que de parler de son dessin avec sa maman pouvait laider. Il me répondit affirmativement. Il rangea son dessin dans son petit messager. Le sourire revint. Il mavait fallu accorder juste un peu dattention à Michaël pour lui permettre de se libérer de cette grande peur qui lhabitait: celle de perdre sa maman. Voilà comment lécoute du ressenti corporel (le focusing) me vient en aide dans ma classe. Mes interventions ne sont pas toujours dans le sens du focusing mais le fait de prendre quelques minutes de mon temps pour accueillir un enfant en difficulté, de le reconnaître dans ce nquil vit avec bienveillance donne des résultats très positifs. Pour moi, ma relation avec les élèves nest plus la même. Ceux-ci sentent quil est permis dans la classe de se libérer de ce qui pourrait empêcher leur cerveau dêtre réceptif aux apprentissages de la journée. Le focusing fait vraiment parti de mon univers personnel et professionnel. Francine Dalcourt |
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