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Démarche phénoménologique Elle consiste à observer le plus directement possible les
phénomènes relatifs à lexpérience,
tels quils apparaissent, sans interprétation, explication
ou jugement liés à des systèmes de croyances
et de représentations. Dans un premier temps, elle consiste à observer sans idée préconçue le phénomène tel quil apparaît subjectivement et lexpérience vécue telle quelle se présente = « réduction phénoménologique » selon le phénoménologue allemand Husserl. En effet, la plupart du temps, il est difficile de nous en tenir à ce qui est simplement présent dans lexpérience. Le plus souvent, nous appliquons sur lexpérience nos conclusions et les idées que nous avons à son sujet. Autrement dit nous ne faisons que reconduire ce que nous savons déjà. En revenant à lexpérience, et en tentant simplement de la décrire, au plus près des phénomènes repérables, toute notion évaluative ou interprétative est écartée. Lesprit est absorbé par lobservation, centré sur la tâche de percevoir et repérer ce qui se passe expérientiellement pour pouvoir le « saisir » et le décrire précisément (il sagit de définir le sens corporel en termes expérientiels). Aucun commentaire parasite ne subsiste. Dans un second temps, il sagit découter ce que le phénomène pourrait vouloir nous signifier en accompagnant le processus dexplicitation, en laissant venir les idées, les mots qui émergent à partir du phénomène expérientiel et de la dimension implicite de l experiencing - pour Husserl = « phase de constitution».
Cette phase consiste à réintroduire les couches du sens, à laisser se développer la ou les significations implicitement contenues dans lexpérience (Gendlin). Il nest pas question de se limiter à « sentir » et à percevoir le phénomène. Lêtre humain est dans une recherche de sens et de cohérence. Le sens nest pas pure subjectivité solipsiste, il se forme à lintersection de la subjectivité et de intersubjectivité qui nexistent pas lune sans lautre (le sens naît de linterrelation). Le sens émerge comme exigence interne, directionnelle de la dimension expérientielle. Lémergence du sens aura immanquablement une incidence sur le sens corporel et se traduira par un « mouvement corporel » (suite du processus de carrying forward) LApproche Humaniste Expérientielle se fonde donc sur une démarche phénoménologique qui met en uvre le processus direct dautoréférence. Congruence : Au lieu dagir sur la base de repères externes et conventionnels
(à partir de rôles, de grilles de lectures a priori,
etc
), il sagit dêtre ouvert à son expérience
pour trouver comment être en relation de manière adéquate,
personnalisée, souple, authentique. Dans le cadre de la relation thérapeutique, le thérapeute cherche à être congruent. Il sagit dune des trois attitudes de base de lApproche Centrée sur la Personne et Expérientielle (avec l empathie et le regard positif inconditionnel). La dimension de la congruence sactualise par une recherche de concordance entre ce qui est exprimé, expériencé et conscientisé. Pour en revenir au thérapeute, « ce quil expériencie est disponible à sa conscience, peut être vécu dans la relation et communiquer si cela convient. Ainsi y a-t-il harmonisation ou congruence entre ce qui est expériencié viscéralement, ce qui est présent à sa conscience et ce qui est exprimé au client ». ( Rogers,1977) Le thérapeute, ouvert à sa propre dimension expérientielle, peut, tout au long de la relation, sy référer et lutiliser de manière adaptée, en fonction de ce qui se présente dans linteraction - pratique de lautoréférence et de lautoévaluation. Cette référence directe à sa propre expérience, lui permet de modifier et réajuster dinstant en instant ses réponses et interventions pour une plus grande pertinence et efficacité au profit du client.
Cest la marque dun manque de concordance entre ce qui
est expériencié, conscientisé et exprimé.
Ce que la personne vit et ce quelle dit ne sont pas en accord.
Lincongruence est à la base de la pathologie, comme absence de correspondance et daccordage entre ce qui est vécu et ce qui est consciemment disponible. Cette coupure entre ce qui est vécu et ce que la personne croit vivre entraîne des désordres et des incohérences. En retrouvant le chemin de son expérience immédiate ( experiencing), la personne retrouve laccès à ce quelle vit. A partir de là elle peut modifier et réajuster ses représentations et apprendre quelque chose de neuf. Se rapprochant de sa dimension expérientielle, elle devient plus congruente, davantage reliée à ce quelle est véritablement. Elle (re)trouve une nouvelle intégrité. « Parmi ses objectifs concernant le développement de
sa théorie, Rogers cherchait à clarifier le phénomène
de l incongruence entre la conscience et lexpérience,
à la base de la pathologie, de même quil cherchait
à définir le processus de changement, de l incongruence
à la congruence, processus au cur de la théorie
du changement de la personnalité. Dans ce sens, le terme «
expérience » devait être redéfini en termes
observables. Il devait être pensé en tant que processus
dynamique plutôt quen tant que contenus stockés
qui viendraient à émerger au cours dune thérapie
réussie. La question fut en grande partie résolue par
la définition donnée par Gendlin du terme « experiencing
». Il sagissait dès lors dune donnée
de base ressentie, servant de référent à la conscience.
Ce référent était susceptible de changer à
partir de quelque chose de pauvre, inconsistant, rigide vers quelque
chose de plus riche, concret, en lequel il est possible davoir
confiance, ce qui est significatif dun changement de lincongruence
à la congruence. »
Cest lart de percevoir avec justesse et sensibilité
le point de vue dune autre personne selon son cadre de référence
à elle, avec ses différentes composantes (cognitives,
émotionnelles, expérientielles). Lempathie est une des trois attitudes fondamentales de lApproche Centrée sur la Personne et Expérientielle (avec la congruence et le regard positif inconditionnel). Rogers est longuement revenu sur cette attitude quil a perçue comme essentielle dès le début de sa carrière : « très tôt dans ma pratique de thérapeute, jai découvert combien écouter simplement mon client très attentivement était aidant et important. » Plus tard il confirme :
« Etre empathique, consiste à percevoir avec précision le cadre de référence interne de lautre ainsi que les composantes émotionnelles et les significations qui lui appartiennent comme si on était cette personne sans jamais perdre de vue le « comme si ». (Rogers,1957-1980) « Dans la rencontre dinstant en instant qui se produit en psychothérapie, lélément le plus remarquable du travail du thérapeute est la capacité à comprendre avec justesse et sensibilité les expériences et les sentiments du client ainsi que les significations quils ont pour lui. » (Rogers,1985) Dune manière générale, lempathie est largement reconnue comme variable importante dans la relation thérapeutique pour la compréhension du client. Depuis la notion d Einfühlung employé par Freud en tant que « condition sine qua non pour comprendre létat mental de quelquun », jusquà aujourdhui où elle a sa place dans différents courants psychothérapeutiques. Par contre, lutilisation qui en est faite nest pas identique pour toutes les écoles. Dans lApproche Centrée sur la Personne et Expérientielle, le thérapeute aide le client à trouver ses propres réponses et à définir les orientations de son existence. Dans ce sens, lempathie du thérapeute procure au client suffisamment de sécurité, de compréhension, de reconnaissance pour quil se sente accompagné dans la recherche quil mène pour lui-même. Elle renforce, chez lui, son auto-exploration et son processus dauto-évaluation et donc son autonomisation. Au fur et à mesure, il en vient à se faire confiance et à se fier à des repères expérientiels internes pour apprécier les situations et choisir sa vie.
Regard positif Inconditionnel Il consiste à communiquer au client le sentiment de sa propre
valeur en dehors du contenu (et de la valeur) du discours, des intentions,
des actes quil manifeste inconditionnalité. Ce
regard est fait d acceptation, intérêt réel,
estime, chaleur humaine,absence de jugement Le regard positif inconditionnel est lune des trois attitudes fondamentales de lApproche Centrée sur la Personne et Expérientielle (avec la congruence et l empathie). « Quand le thérapeute expériencie une attitude positive, acceptante face à ce que le client est à ce moment là, il est probable quil se produira un changement thérapeutique. Le thérapeute veut vraiment que sont client puisse exprimer son sentiment présent quel quil soit confusion, ressentiment, peur, colère, amour, orgueil. Un tel soin de la part du thérapeute est non possessif. » (Rogers, 1980) Le regard positif inconditionnel restaure une condition dont le client a souvent été privé lors de son éducation (regard conditionnel des parents) et dégage le client de toute pression moralisante. Le jugement nuit à la relation parce quil interfère sur une réelle écoute. Dès quon se sent jugé, on cesse de sexprimer ou bien on le fait maladroitement (avec violence, résistance, justification, accusation, etc. ) Important : Le soutien et lencouragement nont pas trait aux contenus et ne sont pas synonymes dadhésion à ce que dit ou manifeste le client. Ils vont à la personne, à ce quelle éprouve dans le présent, au besoin quelle cherche à signifier, à la reconnaissance de ce quelle vit. Il sagit de repérer lintention constructive qui cherche à se manifester, parfois à travers des comportements déviants, inadaptés, antisociaux Distinguer les objectifs poursuivis par le client, des moyens mis en uvre.
Cette dimension « ne renvoie pas seulement à la structure
physique et biologique de lindividu, mais à lindividu
en tant que totalité psycho-physique interagissant comme un
tout avec son environnement. » Ce terme, souvent utilisé par Rogers, renvoie à la notion d experiencing, puisquil sagit de ce qui est corporellement vécu et ressenti, en rapport avec le contexte relationnel. Gendlin parle plus souvent dexperiencing, mais il emploie aussi ce terme, en référence à Rogers, dans certaines expressions, « organismic knowing » en équivalence à « experiential knowing » (savoir organismique, expérientiel), « organismic experiencing » (« expérience organismique »). Cadre de référence interne Il correspond à la manière de vivre, de penser et de
se représenter la réalité. Chaque personne a
« un cadre de référence interne » qui lui
est propre, ce qui fait quelle est distincte dune autre.
Dans lapproche humaniste Centrée sur la Personne et Expérientielle, ce qui compte au cours de la rencontre cest de percevoir lautre (le client) à partir de son cadre de référence interne. Il est impossible de vraiment le comprendre et donc de laccompagner dans son processus dévolution sans sapprocher de la manière dont cet autre vit et perçoit la « réalité ». Les attitudes dempathie et de regard positif inconditionnel plus particulièrement, sont indispensables pour pénétrer la manière dont une personne vit une situation et se situe par rapport à elle. Dans cet accompagnement il est nécessaire de se départir de son propre point de vue (sa propre vision des choses) pour accéder à la façon singulière que cette autre personne a de vivre telle situation selon son point de vue à elle. Ce cadre de référence implique le domaine des idées, croyances, valeurs (ce qui fait « cadre » et qui est déjà posé), mais aussi celui de lexpérience spécifique vécue en fonction des situations. Le domaine de lexpérience immédiate appartient à la partie non encore élaborée et « cadrée », elle sinscrit dans une démarche de référence toujours en cours de réévaluation. Il revient au thérapeute de pouvoir suivre son client sur ce terrain expérientiel pour laider à procéder à sa propre évaluation à partir de son lieu dévaluation interne. Au cours dune psychothérapie réussie, le client passe dun cadre de référence externe (dicté par les croyances véhiculées par son milieu) à un cadre de référence interne. Ce cadre, relativement rigide au départ, évolue vers plus de nuances et de souplesse, il devient ajustable en fonction des situations qui se présentent. Le client prend de plus en plus comme critère sa propre dimension expérientielle, car celle-ci offre des repères internes qui lui permettent de sadapter à la complexité des situations et daller dans le sens de ce quil cherche à réaliser. Lieu dévaluation interne La personne évalue les situations à partir de ses propres
critères plutôt quà partir de repères
externes (les « il faut », « on doit »
).
Cette évaluation peut être fondée sur des systèmes de valeurs et de représentations ou, plus directement, sur la dimension expérientielle, ce qui permet une plus grande souplesse/adaptation/modulation en fonction des situations. Au cours de la démarche thérapeutique , lévolution du client se fait dans le sens dune appropriation de son cadre de référence interne. La personne accède à des processus dévaluation interne fondée sur des repères de plus en plus expérientiels. « Le continuum débute par une fixité où lindividu est très éloigné de son experiencing et dans lincapacité den tirer ou den symboliser sa signification implicite. Lexperiencing devient graduellement un référent interne mieux accepté, vers lequel il peut se tourner pour obtenir des significations de plus en plus exactes. Finalement, il devient capable de vivre librement et en sacceptant, selon un processus expériencié fluide et quil utilise avec aisance comme référent majeur pour son comportement. » (Rogers,1961) Comme le note Gendlin (1964) « nous ne remplaçons pas les jugements des autres personnes par dautres jugements. Nous appuyons plutôt nos évaluations et notre conduite directement sur notre expérience. » Lensemble de la démarche du focusing contribue à développer son lieu dévaluation interne à partir dun processus autoréférentiel. En écoutant la dimension expérientielle, des repères expérientiels signifiants apparaissent qui donnent des informations précises sur la manière de se positionner et de répondre aux situations de façon appropriée.
Tendance actualisante Fait référence, chez Rogers, au potentiel de transformation
et dévolution de chaque personne inscrit au plus profond
de son être. Chaque personne a des ressources et des compétences - qui ne sont pas toujours utilisées - mais qui sont prêtes à se révéler dans certaines conditions. « On peut dire, précise Rogers, que dans chaque organisme (pas uniquement humain) , à quelque niveau que ce soit, il existe un flux sous-jacent de mouvement vers la réalisation constructive de ses possibilités inhérentes. »(Rogers 1980) La « tendance actualisante » nest pas uniquement la tentative de se maintenir et de se reproduire, elle implique un processus actif dans le sens du développement et de la croissance. Elle concerne le processus global de lorganisme et se manifeste comme un flux directionnel qui va dans le sens « dun développement plus complexe et plus complet ». Elle vise à la fois la différenciation/autonomisation et une plus grande intégration/harmonisation. La personne accède dautant mieux à ses ressources quelle bénéficie dun certain contexte relationnel (attitudes définies par Rogers). Dans le focusing, ce mouvement de transformation, appréhendé sous forme de processus est qualifié de « carrying forward » (Gendlin) (ce qui porte plus avant). Il existe naturellement et il se développe spontanément à un niveau expérientiel, dans la mesure où l experiencing est un processus en transformation permanente qui, dès lors quon lui accorde de lattention, soriente selon sa propre cohérence dans le sens dune réorganisation bénéfice pour la personne. En sengageant dans une démarche expérientielle, la personne recontacte directement le vivant en elle et sa puissance de transformation. « Grâce à cette dimension directement expérienciée, un processus de changement positif et régulateur peut se manifester et il peut en résulter une personnalité mieux adaptée et plus constructive. » (Gendlin, 1964)
Tendance formative Concerne, selon Rogers, le potentiel de transformation à léchelle
de lunivers qui ne cesse de créer de nouvelles formes,
de nouvelles structures, de nouveaux types dorganisation. Il sagit dun mouvement opérant vers un ordre et une complexité grandissants, qui fait preuve dauto-éco-organisation et dauto-éco-création selon un processus interne qui tient compte des différents paramètres impliqués. La tendance formative et la tendance actualisante se rejoignent pour former les « deux piliers de lACP » (Rogers) : « Nous nous mettons à lunisson dune tendance créative puissante qui a formé notre Univers depuis le plus petit flocon de neige jusquà la plus large des galaxies, depuis la plus modeste amibe jusquà la personne la plus sensible et la plus douée. » (Rogers, 1980) Vision holographique et écologique : La vie, qui porte le processus évolutif, habite aussi bien lhomme que le monde. Le processus de développement obéit à une même logique interne à léchelle individuelle et à léchelle cosmique ( « carrying forward », Gendlin). Chaque singularité véhicule lensemble des implications qui lont conduit à être ce quelle est. Ainsi : « Votre corps fait partie dun système gigantesque qui comprend plus que lendroit et le moment où vous vous trouvez et plus que vous-même : il englobe en fait lUnivers entier. Nous percevons à lintérieur de notre corps cette sensation de vivre au sein dun vaste système. » (Gendlin,1978) Chaque personne participe à ce vaste processus, en tant que « créée » (dans sa forme réceptive) et « créante » (dans sa forme active).
Implicite Explicite En termes psychologiques, limplicite correspond à une
dimension de soi difficilement saisissable, à peine perceptible
bien que réelle. Ce qui se joue à ce niveau nest
pas encore explicité (conscientisée, reconnue). La dimension
explicite développe sous forme de pensées ou autres
modes (métaphorique, gestuel, artistique, etc.) une signification
contenue implicitement. A la différence de la dimension explicite, la dimension implicite ne contient pas déléments formés, elle nest pas constituée dunités distinctes. Elle renvoie à un « champ » où les « choses » coexistent dans une intrication première, à travers une sorte de réseau dinterférence. Elle désigne ce qui ne sest pas encore formé mais participe aux processus de formation, délaboration, dactualisation parce que rassemblant (implicitement) ce qui est en jeu dans toute situation. Par le focusing, il est possible de développer une manière de penser avec lintrication implicite en saidant de cet implicite. Ce qui émerge à lécoute de la dimension implicite, est porteur dordre et de cohérence. Le dispositif qui apparaît alors est capable de modifier les schémas douloureux et représentations erronées à lorigine de souffrances, il fait avancer le processus de transformation de la personne dans un sens constructif ( carrying forward). Sur le mode opératoire , la dimension implicite sous-jacente, renvoie à lexpérience de soi vécue globalement ( experiencing), en deçà de tout ce quon peut en dire. Elle est néanmoins porteuse de sens et de signification pour la personne. Ce sens demande à être explicité. Lexplicitation sappuie sur un processus dévaluation interne. En effet, en se servant du fonds expérientiel auquel il est possible de se référer (démarche de réflexivité), la personne trouve, dans la dimension implicite, une base à laquelle elle peut revenir pour former de nouvelles idées, découvrir de nouvelles orientations (Gendlin). Elle va trouver, à partir de là, comment modifier et ajuster ses comportements. Ainsi, la dimension implicite, à travers le sens corporel, offre une base expérientielle (organismisque) au repérage interne. Laccord ou le désaccord interne (entre ce que je dis et ce que je vis réellement) deviennent apparents. En conséquence la démarche daccordage et donc la congruence trouve un support concret directement opérationnel par la mise en corrélation explicite/implicite : l« holomouvement » (terme emprunté au physicien David Bohm qui a travaillé sur les dimensions implicite/explicite de la « réalité ») rend compte dune démarche de va-et-vient entre limplicite et lexplicite en vue dun ajustement permanent. Lexplicite sappuie sur la référence directe à lexpérientiel pour vérifier son adéquation et trouver de nouveaux prolongements, tandis que lécoute de limplicite à travers le sens corporel permet lémergence de nouvelles informations. Le sens corporel se trouve ainsi à larticulation implicite/explicite, comme interface.
« Carrying forward » « Qui porte plus loin », « qui fait progresser
». Toute situation « porte » implicitement le sens
de sa propre progression. Ce qui sinscrit dans cette progression
naturelle, fait avancer le processus de manière adéquate.
Le terme « carrying forward » est au centre de lapproche processuelle selon Gendlin. Chaque situation porte en elle sa propre implication. Cette implication sera modifiée selon les étapes qui vont ou non - sactualiser à partir de là, mais cest seulement au moment où se produit ce qui est impliqué que lon peut dire que ce qui « était » implicitement est « porté plus loin ». Par exemple, vous avez faim : cela vous incite à trouver de la nourriture. Cest au moment où vous trouvez la nourriture que vous pouvez réellement dire que le processus a « avancé ». Dans ce cas-là limplication est facilement décelable mais dans la démarche de changement thérapeutique, ou de création, ce qui est « impliqué » nest pas rationnellement déductible a priori. Selon Gendlin, « de nombreux processus ne sont ni prédictibles à partir dunités préexistantes, ni arbitraires ». Quelque chose de nouveau doit se produire qui va émerger à partir dune complexité rassemblant de nombreuses connexions. Il semblerait que les processus obéissent à une logique interne quon pourrait appeler le « sens de la situation ». Ce « sens de la situation » renvoie à tout ce qui est impliqué dans la situation (lintrication implicite de la complexité) à partir de quoi une nouvelle étape de vie va prendre forme. Ce qui est implicitement impliqué « exige » un nouveau pas et lorsquil se réalise limplication initiale se transforme donnant lieu à une nouvelle implication dans une continuité de processus. Dans une démarche thérapeutique, ce qui fait progresser une situation (carrying forward) rend compte dun changement bénéfique pour la personne et son environnement en général. Il sagit dun processus qui dénoue et débloque une situation de souffrance jusque là figée et retenue dans son évolution naturellement « attendue » limplication véhiculée dans le malaise na pas encore trouvé une suite satisfaisante, à travers un nouveau comportement, une nouvelle manière de voir la situation, etc. Limplication est portée à travers une impression à la fois « floue » et « précise » quon appelle sens corporel parce que non encore définie et cependant, en attente dune définition très pointue. Lorsque limplication « se réalise » elle constitue une « nouvelle manière déprouver, de vivre et de se relier à la situation. Cette étape apporte une nouvelle énergie, une nouvelle manière dêtre et de vivre là où, jusquà présent, il ny avait pas de voie ».Le mouvement global défini par « carrying forward » sapparente à ce que Rogers met sous le terme « tendance actualisante |
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